Serge Armel Njidjou invente une couveuse néonatale interactive made in Cameroun

Afroculture.net
  •  
  •  

Serge Armel Njidjou invente une couveuse néonatale interactive made in Cameroun.

Selon l’OMS, plus de 60 % des bébés naissent prématurés en Afrique et en Asie du Sud. Suite à ce constat, le bien-être des prématurés est un enjeu important pour le continent africain. Pour cela, il faut trouver des solutions pour palier au manque d’infrastructures médicales et de praticiens qualifiés dans le domaine de la santé. L’accès aux soins est donc fondamental pour tous. On compte environ 2 médecins pour 10 000 habitants en Afrique contre 32 pour 10 000 dans la région européenne, selon l’Organisation mondiale de la santé.

De nombreux hôpitaux en Afrique souffrent d’un manque de couveuse néonatale. La plupart fonctionnent grâce à l’électricité, mais ce type de fonctionnement n’est pas adapté pour l’Afrique Subsaharienne.

Lorsqu’un bébé naît prématuré, il doit être rapidement admis dans un service de réanimation néonatale, car plusieurs organes n’ont pas encore fini leur développement. Pour survivre, le bébé prématuré a besoin de vivre dans des températures similaires à celles qu’il aurait vécues jusqu’au terme d’une grossesse. Les couveuses ou incubateurs sont un matériel médical essentiel pour permettre de recréer ces conditions et sauver la vie du prématuré.

Au Cameroun, le constat est le même, de nombreux bébés naissent prématurés. Et beaucoup d’entre eux n’ont pas accès à des soins de qualité. La prématurité est la première cause de la mortalité néonatale. Au Cameroun, en moyenne, 22 000 bébés meurent, soit 3 décès pour 1000 naissances vivantes, suite à une insuffisance de couveuses néonatales dans les hôpitaux du pays. En 2019, par exemple, 100 couveuses néonatales étaient en état de marche dans les quelque 500 établissements de santé du Cameroun. À cause de tous ses problèmes sanitaires, de nombreux bébés africains perdent la vie.

Pour lutter contre ce manque de matériel néonatal et sauver la vie des bébés prématurés, Serge Armel Njidjou, un ingénieur camerounais, a décidé d’agir avec son équipe pour changer les choses.

Monsieur Ndjidjou est aussi un chercheur à l’Université de Dschang et ingénieur fondateur de l’Agence Universitaire pour l’Innovation, un réseau de d’innovations scientifiques, technologiques et entrepreneuriales. L’Agence universitaire pour l’Innovation (AUI) est née dans la ville camerounaise Dschang en 2016, est un hub d’innovations scientifiques, technologiques et entrepreneuriales.

En 2016, un drame terrible se produit. Une mère de famille perd ses quintuplés à l’hôpital central de Yaoundé peu après leur naissance faute d’une couveuse néonatale. Très sensible à cela, il décide avec son équipe à l’Agence universitaire pour l’innovation (AUI) de créer une couveuse pour réduire le taux des décès à la naissance et éviter ce genre de drame.

En 2018, il a réussi avec ses collaborateurs de l’AUI à fabriquer une couveuse néonatale connectée made in Cameroun.

Mais comment a-t-il procédé ?

Premièrement, il a commencé à faire un état des lieux de la situation des hôpitaux au Cameroun avec des chiffres précis. Comment expliquer cette insuffisance de couveuses dans la plupart des hôpitaux du pays ?

« Nous avons commencé par faire un état des lieux pour savoir pourquoi il y avait un problème de couveuses dans les hôpitaux camerounais. On a vu que chaque année, au Cameroun, en moyenne, 22 000 bébés meurent, soit 3 décès pour 1 000 naissances vivantes. La prématurité est la première cause de la mortalité néonatale. La cause ici est l’insuffisance de couveuses néonatales dans les hôpitaux du pays. L’on dénombre moins de 100 couveuses néonatales en état de fonctionnement, pour plus de 5 000 formations sanitaires environ », explique-t-il au magazine Sputnik.

Secondement, Serge et son équipe ont listé les inconvénients des couveuses néonatales en Afrique, qui peut aider à comprendre leur rareté.

Les couveuses néonatales importées sont victimes de plusieurs problèmes :

  • Pour la plupart, ils ne sont pas adaptés à l’Afrique, car l’énergie électrique est un véritable problème. La moindre baisse de tension ou fluctuation de l’énergie électrique peut leur être fatal.
  • Absence de service après-vente.
  • Les couveuses importées sont trop onéreuses. Elles coûtent environ entre 2,5 et 8 millions de francs CFA (3 000 à 12 000 euros), et ne disposent pas de services après-vente.

« Les couveuses néonatales importées ne résistent pas aux fluctuations de l’énergie électrique que notre pays connaît. La moindre baisse de tension ou le moindre délestage brusque peut leur être fatal. En général, elles ont une durée de vie qui souvent ne dépasse pas 18 mois, alors que les fournisseurs n’ont pas prévu de services après-vente. Mais il y a aussi une raison est liée au coût. Les couveuses importées coûtent cher : entre 2,5 et 8 millions de francs CFA (3 000 à 12 000 euros), selon qu’elles viennent des pays européens ou asiatiques », explique-t-il.

Après avoir fait l’état des lieux et passé toute une année à faire de la recherche-développement. Ils ont créé une couveuse néonatale, qui tient compte des réalités du continent africain.

Quelle est la particularité de leur couveuse ?

Serge Armel Ndjidjou et son équipe de l’AUI ont fabriqué la première couveuse néonatale interactive AUI 1.0 d’Afrique Subsaharienne.

Plus précisément :

  • C’est une couveuse interactive, simple d’utilisation. Elle est entièrement conçue et prototypée à Dschang par l’Agence universitaire pour l’Innovation.
  • Elle a une résilience aux difficultés énergétiques. Les concepteurs prévoient aussi d’optimiser l’énergie de la couveuse afin qu’elle puisse fonctionner à l’énergie solaire sans être dépendante de l’électricité, souvent instable dans les hôpitaux africains.
  • Elle est conforme à la norme internationale CEI-601-2-19.
  • L’appareil intègre des capteurs qui transmettent toutes les alertes sur le Smartphone d’un médecin en charge de suivre un bébé prématuré.
  • L’avantage de son interactivité est qu’elle permet au médecin via son Smartphone de vérifier la disponibilité de la couveuse, de rester connecter à la couveuse pour monitorer les consignes, d’avoir des alertes de sécurité et de suivre virtuellement le bébé.
  • Autre dispositif, la couveuse a des fonctions électriques de rafraîchissement de sorte à régulariser la température dans les zones trop chaudes.
  • Son prix est abordable. Elle va coûter environ 1.9 millions Franc CFA (2 900 euros), avec un paiement flexible étalé sur deux ans.
  • De plus, ils offrent deux ans de garantie constructeur, et un service après-vente de proximité.

Cette couveuse made in Cameroun est déjà utilisée et expérimentées dans les structures hospitalières au Cameroun, notamment à Bafoussam.

Concernant ses projets futurs, Serge Njidjou et son équipe de l’AUI souhaitent  à l’avenir ériger un atelier de fabrication et production de couveuse néonatale dans au moins 15 pays d’Afrique qui enregistrent un taux encore trop élevé en termes de mortalité des nouveau-nés.

Les difficultés rencontrées.

Le manque de financement adéquat a été un problème pour réaliser leur projet. Serge et son équipe ont commencé sans argent. Ils avaient envie de changer les choses et d’améliorer la situation des femmes enceintes et des bébés prématurés en Afrique. Mais l’innovation accompagnée de la recherche-développement nécessite beaucoup d’argent. Les préjugés et le manque de confiance ont été aussi des obstacles qu’ils ont du surmonter.

« L’innovation demande beaucoup de recherche-développement. Ce sont des financements des membres de l’agence qui ont permis d’avoir ce résultat. Ils sont plutôt modestes. Puis, après, on souffre dans notre société d’un préjugé défavorable. Il n’y a pas beaucoup de gens qui croyaient en nous. Et à la limite, vous avez beaucoup de gens qui nous disaient qu’il était impossible de réaliser cet outil dans notre environnement. Enfin, il y a la question de l’instabilité des ressources humaines. Quand vous commencez sans argent, avec juste de l’audace et l’envie de réussir, à un moment donné, cela ne suffit plus à garder les personnes avec qui vous avez démarré l’aventure » déclare-t-il.

Prix et récompenses.

Cette invention a remporté de nombreux prix et récompenses. En février 2018,  il a reçu le Prix spécial du Chef de l’Etat pour l’Innovation, parmi les 100 innovations mondiales les plus prometteuses. En mai dernier, on lui a aussi décerné le prix du projet innovant pour les femmes en Afrique, par l’Agence française de développement (AFD) digital challenge.

Enfin, chaque jour, ils reçoivent de nombreux appels, courriels et e-mails de personnes qui leur demandent comment obtenir cette couveuse interactive.

 

Afroculture.net remercie chaleureusement Serge Armel Ndjidjou et son équipe pour cette invention fantastique. Ils sont une véritable source d’inspiration pour beaucoup d’entre nous. Ils témoignent que l’envie d’aider les autres, le travail en commun peut être une force de changement. Ils nous montrent aussi qu’il faut se battre pour réussir ses projets même si on souffre d’un manque de moyen financier. Cette couveuse néonatale made in Africa est une magnifique invention, qui va sauver la vie de nombreux bébés prématurés et améliorer la vie de nombreuses familles.

  •  
  •  
Afroculture.net

Leave a Response / laissez un commentaire