Rosa Parks, le pouvoir de dire « Non » à la ségrégation raciale

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Rosa Parks contre la ségrégation raciale

Rosa Parks, le pouvoir de dire « Non » à la ségrégation raciale

Des lois ségrégationnistes « Jim Crow » injustes envers les noirs

Les noirs en Amérique, vivaient dans une société non-équitable, où le traitement réservé aux blancs, n’étaient pas le même pour les Noirs. Beaucoup de noirs, apeurés, ne désobéissaient pas aux règles, pour ne pas avoir des ennuis. Mais, la soumission n’est pas souvent la solution. Heureusement, des personnes courageuses, comme Jackie Robinson (1944), Claudia Colvin , 15 ans, (2 mars 1955) et Rosa Parks (1955), 42 ans, ont eu le courage de dire « non » à la ségrégation raciale et refusent de céder leurs places.
Au quotidien, les noirs devaient faire face à un racisme insistant. Dans le sud des États-Unis, les fontaines publiques faisaient aussi l’objet de ségrégation. Il y avait des fontaines réservées aux Blancs,  et d’autres réservés aux noirs. D’où, lorsqu’elle était enfant, Rosa Parks pensait que l’eau des fontaines pour les Blancs avait meilleur goût que celle réservée aux Noirs.
De plus, les autobus, les trains,  subissaient aussi la ségrégation raciale.  Il y avait des sections réservés aux Blancs et d’autres aux Noirs.
Par exemple dans le bus de Montgomery, les quatre premiers rangs (les 10 premiers sièges) du bus étaient réservés aux passagers Blancs, et les Noirs devaient s’asseoir à l’arrière. Les Noirs étaient autorisés à utiliser la zone centrale, jusqu’à ce que les Blancs en aient besoin. Mais, lorsqu’un blanc montait dans le bus, les Noirs devaient automatiquement céder leurs places. Encore plus humiliant, si les places étaient occupées, les Noirs devaient acheter un billet à l’avant, mais étaient obligés de sortir, avant de rentrer de nouveau par la porte arrière du bus, pour accéder à leurs sièges.
Rosa Parks raconte dans son livre, que les bus scolaires étaient interdits aux enfants noir et jaune. Les enfants blancs prenaient le bus, alors que les autres, devaient marcher à pied pour rejoindre leurs écoles.
Elle explique : « Je voyais passer le bus chaque jour. Mais pour moi, c’était comme ça. Nous n’avions d’autre choix que d’accepter ce qui était notre quotidien, un très cruel quotidien. Le bus fut un des premiers éléments par lesquels je réalisais qu’il y avait un monde pour les Noirs et un monde pour les Blancs. »
Sans oublier, que le Ku Klux Klan terrorisait les noirs. Et, Rosa Parks se souvient, que son grand-père montait la garde toute la nuit, devant leurs fermes, pour prévenir des actions du ku klux klan. L’école de « la Montgomery Industrial School for Girls », dont elle fréquentait, a été brûlée à deux reprises par le KKK.

Naissance et vie de Rosa Parks

Le 4 février 1913, Rosa Parks née à Tuskegee, en Alabama. Elle est la fille aînée de James et Leona McCauley, un charpentier et une institutrice du pays. Les McCauley ont deux enfants Rosa et son frère Sylvester.
Malheureusement, ces parents divorcent et Rosa part vivre, à Montgomery dans la ferme de ses grands-parents maternels à Pine Level, avec sa mère et son frère Sylvester. Sa mère, soucieuse de son éducation, lui apprend à lire et écrire et l’éduque à la maison, jusqu’à ses 11 ans. Plus grande, elle part étudiée à l’Industrial School for Girls. Puis, elle commence ses études secondaires à  l’Alabama State Teachers College for Negroes. Mais, suite à la maladie de sa grand-mère, Rosa Parks étaient obligée d’arrêté l’école, pour prendre soin d’elle. Après la mort de sa grand-mère, sa mère est tombée malade à son tour. Et, Rosa a du arrêter l’école pour l’aider dans la vie de tous les jours.
En 1932, elle épouse Raymond Parks, un barbier de la cause des droits civiques, membre de l’Association de l’Alabama pour la valorisation et la promotion des gens de couleurs (National Association for the Advancement of Colored People, NAACP). Ensemble, ils déménagent dans le quartier est de Montgomery. Son mari l’encourage vivement à reprendre ses études. Elle l’écouta et finit avec brio ses études secondaires. De 1930 à 1955, Rosa Parks travaillait comme couturière et aide-soignante pour subvenir aux besoins de sa famille.
En 1943, le couple Parks devient membre du mouvement pour les droits civiques (American Civil Rights Movement). Elle était la seule femme là-bas et y travaillait comme secrétaire.

Geste naturel d’une héroïne  « non » à la ségrégation

Le 1er décembre 1955, après une dure journée de travail, en tant que couturière, Rosa Parks prend le bus et s’assoit tranquillement à son siège.  Suite aux lois ségrégationnistes de « Jim Crow », le chauffeur de bus James F. Blake, âgé de 59 ans, ordonne à Rosa Parks de céder sa place à un passager blanc et d’aller s’asseoir au fond du bus.
La réponse de Rosa Parks, est ferme et expéditrice « Non. » Elle trouve ces lois répugnantes, et refuse catégoriquement de céder sa place.
Elle déclare lors d’une interview :

Le soir,  je suis montée dans le bus, j’ai pris un siège avec un homme qui était à côté de la fenêtre. C’était le premier siège qui a été autorisé pour les gens « de couleur. » Puis quelques blancs sont montés dans le bus et un homme blanc était encore debout. Lorsque le chauffeur le remarque, il nous demande (à l’homme et aux deux femmes assis à travers l’allée) de laisser notre siège. Les trois autres se sont levés, mais je refusai catégoriquement d’écouter. »

Le chauffeur du bus, lui ordonna, une seconde fois de se lever, car elle était toujours assise. Mais, elle répondit fermement « Non, je ne veux pas.”  En colère, il se mit à la menacer d’appeler la police et Rosa Parks, lui répondit : « Faites donc. » Le chauffeur appelle la police, plusieurs personnes noires quittent le bus et Rosa est arrêtée et menottée.
Un policier lui a demandé pourquoi elle ne se leva pas, et Rosa lui répondit « je ne pense pas que je devrais me lever. » Il lui expliqua que la loi est la loi et pour cela, vous êtes en état d’arrestation. Elle quitta le bus, avec trois personnes. L’un d’eux ramassa son sac à main, l’autre ramassa son sac de shopping.  Et ils quittèrent, ensemble, le bus, unis face à l’oppression.
Elle est conduite aux postes de police, où on lui prît ses empreintes digitales. Selon le rapport de police, elle est accusée de “refus d’obéir aux ordres du chauffeur de bus et désordre à l’ordre public “, et elle est condamnée à une amende de 15 dollars le 5 décembre. Courageuse, elle fait appel de ce jugement injuste.
Son geste naturel de résistance, va déclencher la lutte pour les droits civiques.
Rosa Parks arrété et incarcéré suite au refus de se lever
Le révérend Jesse Jackson explique :

 Elle s’est assise pour que nous puissions nous lever. Paradoxalement, son emprisonnement ouvrit les portes de notre longue marche vers la liberté. »

Rosa Parks explique aussi :

 Les gens racontent que j’ai refusé de céder mon siège parce que j’étais fatiguée, mais ce n’est pas vrai. Je n’étais pas fatiguée physiquement, ou pas plus que d’habitude à la fin d’une journée de travail. Je n’étais pas vieille, alors que certains donnent de moi l’image d’une vieille. J’avais 42 ans. Non, la seule fatigue que j’avais était celle de céder“.

D’autres personnes, avant et après Rosa Parks, ont refusé de céder leurs places :

  • En 1944, Jackie Robinson, le premier joueur noir de la ligue professionnelle de base-ball, avait refusé d’aller dans la partie du bus réservée aux « non-Blancs. » Il a été traduit devant une cours martiale, mais fut finalement acquitté.
  • Claudia Colvin , une adolescente 15 ans, le 2 mars 1955, à Montgomery, refuse aussi ces lois ségrégationnistes dans le bus. Elle a été la première personne arrêtée pour résister à la ségrégation dans les bus de Montgomery, Alabama, précédant l’incident Rosa Parks mieux connu sous neuf mois. Elle a refusé de laisser son siège et cita :

Il est de mon droit constitutionnel à rester ici autant que cette dame. J’ai payé mon billet, il est de mon droit constitutionnel. »

    • Aurelia Browder (avril 1955). En avril 1955, un mois avant l’arrestation historique de Rosa Parks, elle a été arrêtée pour avoir refusé de céder sa place de bus à un coureur blanc.
    • Mary Louise Smith (octobre 1955). Elle a été arrêtée en octobre 1955 à l’âge de 18 à Montgomery, Alabama pour avoir refusé de céder sa place sur le système de bus distincts.
    • Susie McDonald, une femme septuagénaire qui a refusé de céder son siège.

claudettecolvin, bowder, marylouisemith,robinson, susie mcdonald against segregation and boycott bus
Scandalisé par cette affaire abominable, Martin Luther-King Jr., un jeune pasteur noir de 26 ans, vient à son secours avec l’aide de Ralph Abernathy. Ils vont s’organiser et vont lancer le plus grand boycott de tous les temps « le boycott des bus de Montgomery » le 5 décembre 1955, pendant plus de 381 jours.
Edgar Nixon, furieux et voyant l’intérêt du combat à mener, demande à un avocat blanc, Clifford Durr, de contester les lois ségrégationnistes, dont Rosa Parks a été victime.

Boycott des bus de la ville de « Montgomery »

Boycott du bus Montgomery
Très impliqué, Martin Luther-King, suivit de cinquante personnes de la cause des noirs, se réunissent à l’église, pour préparer les diverses actions à mener, suite à l’arrestation de Rosa Parks. Ils créent le « Montgomery Improvement Association », un mouvement non-violent, avec à sa tête le jeune Martin Luther-King, âgé seulement de 26 ans.
Leurs revendications sont claires et précises :

  • Plus d’équité : les Blanc et les Noirs doivent avoir le droit de s’asseoir librement dans le bus.
  • Respect : les chauffeurs doivent être courtois et polis envers tous types de personnes.
  • Justice : les compagnies d’autobus doivent engager et donner la chance aux chauffeurs noirs.
  • En gros : abolir et supprimer les lois honteuses et injustes de la ségrégation raciale de « Jim Crow »

Organisation du boycott et soutient de la communauté noire

  • Le lundi 5 décembre 1955, le mouvement « Montgomery Improvement Association », dirigé par Martin Luther-King, distribuent la veille du procès de Rosa Parks, plus de 35 000 tracts, pour expliquer aux Noirs de ne plus emprunter les autobus de la ville de Montgomery.
  • La communauté noire, unis contre la ségrégation, préfèrent marcher à pied, plutôt que d’accepter et de courber la tête face à ces lois ségrégationnistes.
  • L’entraide se met en place, un groupe de covoiturage se relient et transportent les gens d’un point à un autre. Pour les plus modestes, on s’organise pour acheter des paires de chaussures, essentielles à la marche. Car, la communauté noire préfère marcher, plutôt que de se soumettre, un jour de plus.

Rosa Parks dit : « Je suis prête à marcher plutôt que de revenir aux autobus dans ces conditions déloyales. »
Des taxis, conduits par les Noirs, font des trajets dans toute la ville, au même prix que l’autobus 10 cent.
Pendant toute la durée du boycott, les noirs sont maltraités et attaqués de toute part. Martin Luther-King et l’avocat d’Edgar Nixon voient leurs domiciles être pris pour cible avec des tirs ou attaques à la bombe. Les églises fréquentées par les noirs, sont victimes de tirs. La violence, contre les noirs est inhumaine et terrible.
Martin Luther-king Jr, demande à tous ses partisans et à la communauté noire de ne pas répondre à ces actes de violences.
Il explique dans son discours, reprit par le New -York Times :
« Nous avons subi les humiliations ; nous avons supporté les injures ; nous avons été maintenus dans la plus profonde oppression. Et nous avons décidé de nous dresser, 
armés de la seule protestation. C’est une des grandes gloires de l’Amérique que de garantir le droit de protester. Même 
si nous sommes arrêtés chaque jour, si nous sommes piétinés chaque jour, ne laissez jamais quelqu’un vous abaisse au point de vous forcer à le haïr. Nous devons user de l’arme de l’amour. Nous devons faire preuve de compassion et de compréhension envers ceux qui nous détestent. Nous devons réaliser que tant de gens ont appris à nous détester et qu’ils ne sont finalement pas totalement responsables de la haine qu’ils nous portent. Mais nous nous tenons au tournant de la vie 
et c’est toujours l’aube d’un nouveau jour. »
Quelques Blancs, conscients de l’injustice face aux noirs ou par idéologie, les rejoignent et refusent eux aussi de monter dans les bus.
Le geste symbolique du pouvoir de dire « NON » et l’arrestation de Rosa Parks,  créa un mouvement de prise de conscience et l’importance de la lutte pour les droits civiques.

La victoire de la justice : suppression  de la ségrégation raciale dans le bus

Grâce à l’union de la communauté noire, au soutien de certains blancs, le 13 novembre 1956, suite au procès Browder v. Gayle, la Cour Suprême des Etats-Unis interdit la ségrégation raciale dans les bus. La cour statue que la ségrégation dans les bus est anticonstitutionnelle.
Le 20 novembre, la bonne nouvelle arrive à la ville de Montgomery. Dès le lendemain, le boycott prend fin. La ségrégation est abolie dans tous les bus de l’État, mais pas pour les liaisons interétatiques. Des militants noirs du « Freedom Ride » militent activement, mais ils sont battus et frappés par les membres du kkk.
En 1957, Martin Luther-King et ses partisans vont créer la Southern Christian Leadership Conference (SCLC), qui a pour objectif de coordonner les actions de protestation.
En 1964, les lois ségrégationnistes « Jim Crow » sont vraiment abrogées par le Civil Rights Act. Toute forme de ségrégation dans les lieux publics est dorénavant interdite. En 1965, le Voting Rights Act supprime les tests et les taxes pour devenir électeur.
Rosa Parks, devient ainsi une icône des mouvements des droits civiques et une héroïne.
En 1987, elle créa, avec Elaine Eason «  le Rosa and Raymond Parks Institute for Self Development » qui organisait des visites en bus pour les jeunes générations en leur faisant découvrir les sites importants du mouvement pour les droits civiques. En 1990, elle a reçu la visite du leader africain « Nelson Mandela », tout juste libéré de prison, qui est venu la féliciter de son geste de bravoure.
Le 24 décembre 2005, elle décéda à Detroit dans le Michigan. Tout le pays honore publiquement la mémoire de Rosa Parks. Des milliers de personnes assistent à ses funérailles. Pendant la période de son enterrement, les premières places des bus de Montgomery restèrent libres et vacantes. À son décès, le bus dans lequel Rosa Parks avait refusé de se lever, fut drapé d’un linceul rouge et noir jusqu’aux obsèques officielles.
Une photographie de Rosa Parks recouvrait le bus, avec l’inscription :

 La société de bus RTA rend hommage à la femme qui s’est tenue debout en restant assise. »

Suite aux événements tragiques dont souffre la population noire au Etats-Unis, Afroculture.net rend hommage à Rosa Parks, qui a eu le courage de dire « non » à la ségrégation raciale le 1er décembre 1955. Ce geste symbolique a encore plus d’importance aujourd’hui, car cela déclencha le Mouvement des droits civiques et l’abolition de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. De plus, les noirs doivent lutter avec force, tous ensembles, qu’importe le pays, contre toute forme de racisme. Chaque jour, nous sommes spectateurs du désespoir des afro-américains, qui luttent et militent pour plus de justice sociale dans le monde.


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14 commentaires

  1. Quoi dire de plus, énorme respect pour cette femme et maman. Qui as combattu pour la cause des noirs à sa manière. Tout le monde devait la prendre pour exemple.

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