Esclavage en Libye. Rapatriement, sanctions. Que se passe-t-il aujourd’hui ?

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Esclavage en Libye. Rapatriement, sanctions. Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Suite à une vidéo de CNN sur une vente d’esclaves en Libye, le mardi 14 novembre 2017, l’opinion publique a été ébranlée. Des milliers de personnes sont sorties dans les rues de Paris et du monde entier pour faire entendre leurs indignations. Mais que s’est-il passé exactement ?

 Quelles sont les raisons de la migration ?

Dans le but d’améliorer leurs conditions de vie, de nombreux migrants choisissent d’emprunter la route périlleuse de la Libye pour atteindre l’Europe par la Méditerranée centrale, dans l’espoir d’une vie meilleure. Il faut bien souligner que depuis, la nuit de temps, les migrations existent. Les hommes quittent tel ou tel endroit pour trouver une terre plus promise à leurs aspirations. L’Afrique fait souvent face à des difficultés. Le manque d’opportunité d’emploi, un climat politique instable, les guerres et la pauvreté poussent ces jeunes migrants à tout quitter. Mais est-ce un crime de rêver ? Est-ce une erreur de vouloir une vie meilleure pour soi-même et les membres de sa famille ? Mais partir à l’aveugle, est-ce vraiment raisonnable ?

La Libye, un pays instable depuis la mort de Mouammar Kadhafi. 

Depuis la chute de Kadhafi, la Libye est devenue un pays instable. Depuis 2011, elle est en proie à une guerre civile. De nombreux groupes armés exercent réellement le pouvoir dans le pays face au gouvernement de Tripoli, reconnu par la communauté internationale. Mais qui est encore trop faible aujourd’hui. Lorsque les migrants traversent ce pays, ils sont séquestrés et pris en otage par des trafiquants qui les font vivre un véritable enfer. Grâce à une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de L’Onu, on peut souligner qu’il y a plus de 17 000 migrants et réfugiés en détention en Libye.

 

La vidéo de l’horreur : une onde de choc médiatique.

La journaliste soudanaise Nima Elbagir, en poste à Nairobi, au Kenya, a partagé sur CNN une vidéo exclusive tournée en caméra cachée qui montre un trafic moderne d’esclaves, à proximité de Tripoli. Pour authentifier de la réalité des faits d’une vidéo amateur qu’elle a reçu,  Nima s’est rendue en Libye, en compagnie de son producteur Raja Razek et du photojournaliste Alex Platt. Choqués, ils ont assisté à une vente aux enchères. Sous les yeux des journalistes, une douzaine de personnes ont défilé pour être vendues. Au fur et à mesure, le prix augmente, 400, 500, 550, 600, 650. Finalement, certains hommes sont vendus 1200 dinars libyens environ 740 €. Ces “marchés aux esclaves” se dérouleraient une ou deux fois par mois, selon le reportage de CNN.

 Honnêtement, je ne sais pas quoi dire, c’est probablement la chose la plus incroyable que j’ai vue ».

Ils les surnommaient ‘la marchandise‘”. Ça s’est terminé très rapidement. Au total, 12 Nigérians ont été vendus sous nos yeux, raconte Nima Elbagir.

Dès sa sortie, la vidéo a été une onde de choc médiatique. Ces images ont fait le tour de la planète, provoquant des réactions d’indignation. Des milliers de personnes ont manifesté en France, en Afrique et dans le monde entier devant les ambassades libyennes. Ils criaient tous en cœur :

Non à l’esclavage en Libye ! Libérez nos frères, libérez nos sœurs ! »

Des personnalités comme le célèbre animateur de RFI Claudy Siar, le chanteur ivoirien Alpha Blondy ont exprimé en vidéo des cris de colère face à cette situation insoutenable.

 Nous, peuples africains qui comptions sur vous pour nous défendre et pour nous protéger, nous sommes surpris et stupéfaits par votre silence devant la situation révoltante, humiliante et inacceptable que vivent vos ressortissants, nos frères, nos sœurs, nos fils et nos filles vendus comme esclaves en Libye » exprime Alpha Blondy.

#MobilisationMondiale; Où que vous soyez dans le monde, les 18&19novembre manifestez votre opposition aux crimes contre l’humanité perpétrés par la #Libye avec la complicité de l’#UE et le silence de l’#UA
L’Afrique doit se libérer de tous ses tortionnaires#SansViolenceNiHaine.” partage Claudy Siar, sur son compte twitter.

L’activiste Kemi Seba a pris la parole avec Claudy Siar pour dénoncer ses actes de barbarie pendant la manifestation du samedi 18 nombre dans les rues de Paris. Cet évènement organisé par le Collectif contre l’esclavage et les camps de concentration en Libye (CECCL) fut de loin celle qui a mobilisé le plus grand nombre de manifestants. De nombreuses personnalités et célébrités en France, en Afrique, aux Etats-Unis et ont réagit sur les réseaux sociaux pour exprimer leurs peines et leurs souffrances.

Suite à cela, le président de l’Union africaine Alpha Condé et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres sont consternés par ces images effroyables.

Ces pratiques modernes d’esclavagisme doivent cesser et l’Union Africaine usera de tous les moyens à sa disposition pour que plus jamais pareille ignominie se répète » Alpha Condé

 

Une situation “inhumaine” pour les Migrants en Libye

 Les migrants sont enlevés, séquestrés et rackettés en Libye par des trafiquants. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont empilés les uns sur les autres et enfermés dans des hangars comme du bétail. Privés de toute dignité, ils subissent des viols, tortures, assassinats et différentes formes d’esclavage. Certains sont vendus en toute impunité dans certains coins du pays.

De plus, certains migrants sont victimes de trafic d’organes. Ce scandale a été révélé par le Daily Telegraph. Un trafiquant d’êtres humains repenti a confié à un responsable italien que les réfugiés qui ne peuvent pas payer leurs passeurs sont vendus aux trafiquants pour leurs organes à 15 000 euros par tête.. Selon un témoin, la grande majorité des trafiquants d’organes sont des Égyptiens, qui revendent les organes des migrants. L’Egypte, comme la Libye et le Maroc, est aussi devenue un point de départ privilégié vers l’Europe

Avant même cette vidéo, de nombreuses organisations et associations avaient essayé d’alerter les administrations internationales sur cette situation dramatique. Mais personne n’avait réagi.

Les organisations européennes se sont arrangées avec les gardes-côtes libyens pour bloquer les migrants dans des centres de détention en Libye. Mais, ils se passent là-bas des choses effroyables et inacceptables. Les migrants sont torturés et battus avec des câbles électriques. Des gens mal intentionnés contactent leurs familles en Afrique pour leur soutirer de l’argent en même temps, ils continuent de les maltraiter. Quand les migrants ne peuvent plus leur donner d’argent, certains trafiquants n’hésitent donc plus à les vendre.

 La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye, et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention », explique le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

Et aujourd’hui. Quelles sont les sanctions et actions des autorités face à l’esclavage en Libye ?

 

On a tous assisté à une vague d’indignation face aux images d’esclavages modernes en Libye. Mais, que s’est-il passé après toutes ces manifestations ? Les choses ont-elles changé ?

 Je vous rends visite dans un contexte où les esprits sont fortement marqués par la vente, en territoire libyen, de migrants originaires d’Afrique subsaharienne. Ce commerce de la honte qui réveille les démons de l’esclavage est la pire forme de violation des droits humains, une offense à la conscience universelle qui ne doit en aucun cas rester impunie. »

Il faut que les auteurs et complices de ces actes inqualifiables soient traduits en justice et leurs réseaux criminels démantelés », a affirmé Macky Sall, Président du Sénégal.

Emmanuel Macron a dénoncé lors d’un discours devant des étudiants à Ouagadougou « un crime contre l’humanité »

 Je proposerai également que l’Afrique et l’Europe viennent en aide aux populations en danger en Libye », a  ajouté Emmanuel Macron. La France proposera au sommet d’Abidjan une initiative euro-africaine afin d’évacuer « les populations en danger » en Libye.

Dans un point de vue juridique, une enquête a été ouverte par la Commission africaine des droits de l’homme. La Libye a promis de coopérer. Il faut rappeler que depuis la chute de Kadhafi, la Libye est contrôlée par des groupes armés. Et le gouvernement de Tripoli reconnue est encore trop faible. C’est un pays en proie à l’anarchie, face à des réseaux organisés de trafiquants. De ce fait, il est “impossible d’identifier et punir les auteurs des exactions

 

Quelles sont les solutions proposées lors du sommet Europe-Afrique ?

Lors du sommet Europe-Afrique, trois objectifs ont été fixés.

  • 1/ Démanteler les réseaux de trafiquants avec la mise en place d’une task force (« force d’intervention ») opérationnelle associant les services de police et d’intelligence. Cette intervention sepassera sous forme d’une opération internationale préexistante.
  • 2/ Rapatrier tous les migrants de Libye face à l’anarchie qui se passe en Libye. Ils vont mettre en place des opérations d’évacuations d’urgence.

Des «opérations d’évacuation d’urgence » de migrants victimes des trafiquants d’êtres humains en Libye auront lieu «dans les prochains jours ou semaines », a affirmé le président français Emmanuel Macron d’Abidjan (Côte-d’Ivoire).

Pour le président de la Commission de l’UA, les migrants africains bloqués en Libye doivent être rapatriés, mais volontairement. 

 Je lance un appel à tous les Etats-membres de l’Union africaine, au secteur privé africain et aux citoyens africains pour qu’ils fassent des contributions financières en vue d’aider à alléger les souffrances des migrants africains en Libye, a-t-il encore déclaré. J’exhorte les Etats-membres qui disposent de moyens logistiques à les mettre à la disposition pour faciliter l’évacuation de la Libye des migrants africains qui le désirent ».

L’objectif de l’Union africaine est de ramener 15 000 à 20 000 migrants. Les migrants doivent donner leurs consentements pour être rapatrié.

 C’est un retour volontaire qui dépend de la volonté des migrants. Ils ont le droit de partir ou de rester en Libye (…) L’OIM estime que 30% de ces 700 000 migrants veulent rentrer dans leur pays d’origine de façon volontaire la majorité préfère rester et travailler en Libye. 30% des migrants clandestins veulent rejoindre l’Europe. Bien sûr, ces statistiques sont des estimations faites à partir des informations que nous avons pu récolter. Il est possible qu’elles ne soient pas exactes à 100%. Mais ceux qui sont dans des centres de détention veulent pour la plupart rejoindre l’Europe car ils pensent qu’ils auront une vie meilleure là-bas. Pour ces migrants, nous travaillons avec le HCR pour déterminer s’ils sont des réfugiés qui ont des raisons de ne pas vouloir retourner dans leur pays d’origine. Nous voyons avec le HCR s’il est possible de les réinstaller dans d’autres pays africains. Nous travaillons aussi avec nos partenaires européens pour en réinstaller un certain nombre en Europe. »

Le processus de rapatriement sera long, car on parle 400 000 à 700 000 migrants africains en Libye, estime Moussa Faki Mahamat.

  • 3/ Mise en place d’une commission d’enquête de l’Union africaine pour proposer aux Etats des pistes de communication à destination de la jeunesse pour décourager les volontaires au départ.

 

Quelques chiffres sur les pays qui ont rapatrié leurs ressortissants en Libye.

Deux mois après le sommet UE-UA d’Abidjan, la commissaire aux Affaires sociales de l’organisation panafricaine, la Soudanaise Amira el-Fadil, a fait le point sur les rapatriements.

En 2017, un programme de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a permis le retour volontaire de près de 20.000 migrants africains vers leurs pays d’origine, selon les statistiques de l’organisation.

  • Selon Amira el-Fadil , il y a eu 12 708 personnes, qui ont regagné leur pays. Mais il reste encore beaucoup de travail, car il y a plus de 200 000 migrants illégaux en Libye. 
  • Le gouvernement ivoirien rapatrie régulièrement, des migrants en difficulté. Au total, un peu plus de 1566 migrants ivoiriens ont bénéficié de vols retour, en dix mois, entre mai 2017 et février 2018. Grâce à une collaboration entre le gouvernement ivoirien et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), ils ont pu ramener des hommes, femmes enceintes et des enfants non accompagnés. Il reste encore 7.503 personnes en détresse recensées qui attendent d’être rapatriées. Pour lutter contre les départs vers l’inconnu, le gouvernement ivoirien a décidé d’intensifier une campagne publique de sensibilisation contre la migration irrégulière.
  • Le mardi 13 février 2018, 157 migrants guinéens ont été rapatriés de la Libye. Parmi eux, il y avait des cas vulnérables comme, 6 enfants dont 2 bébés, 4 mineurs non-accompagnés, 13 femmes.
  • Plus de 915 migrants clandestins camerounais ont été rapatriés de Libye, du Maroc, de la Mauritanie et du Niger. Il y avait des hommes, des femmes enceintes et des enfants. Ce retour est organisé dans le cadre du projet de l’organisation internationale des migrations (OIM)
  • 2500 migrants sénégalais ont accepté de rentrer au Sénégal. Certains passeurs sont arrêtés par la police. Selon des informations de Libération, le complice du présumé passeur de Sénégalais en Libye est tombé. Il s’agit d’Amsatou Dieng, gérant d’une société de transfert Wari qui opérait avec Adama Mbaye. Il a été arrêté dans les locaux de la Tfm. Il est accusé d”association de malfaiteurs, car il convoyait des jeunes en Libye. Une fois sur place, il exigeait de leurs familles de fortes sommes. Près de 12 millions de FCFA ont transité à partir de son point Wari.
  • Avec plus de 1.300 Nigérians rapatriés en novembre, contre seulement 643 entre décembre et mars. Les autorités nigérianes affirment que 5.000 ressortissants sont encore « bloqués » .Le Nigeria, avec ses 190 millions d’habitants, est le premier pays d’émigration illégale en Afrique de l’Ouest. Il était régulièrement montré du doigt par l’Union européenne pour refuser de rapatrier ses ressortissants, mais des accords de partenariat ont été négociés pour faciliter leur retour.

De retour d’un centre de détention, le ministre nigérian des Affaires étrangères, Geoffrey Onyeama, veut accélérer la cadence :

Notre président a mis à disposition toutes les ressources nécessaires pour rapatrier tous les Nigérians au pays. Nous parlons d’environ 5 500 Nigérians, mais cette question du nombre est devenue problématique ,car il est difficile d’obtenir des chiffres précis : certains sont sous le contrôle du gouvernement central dans les camps, d’autres sont clairement en dehors des camps, d’autres sont également dans des zones moins accessibles et sans contrôle des autorités.”

  • Le Maroc a proposé des avions pour rapatrier immédiatement au moins 3 800 migrants. Il apporte ainsi son soutien à la réponse de la communauté internationale. En parallèle, le gouvernement marocain a mis en place en place une opération pour rapatrier 338 migrants marocains. En août et décembre, les deux précédentes opérations avaient permis de ramener 435 Marocains retenus à Zouara, dans le nord-ouest de la Libye.
  • Le Niger et le Rwanda ont par ailleurs offert l’asile à ceux qui ne pouvaient pas retourner dans leur propre pays.  “Etant donné la philosophie politique du Rwanda et notre propre histoire, nous ne pouvons pas rester silencieux quand des êtres humains sont maltraités et vendus aux enchères comme du bétail”, a déclaré la ministre de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo. Le Rwanda peut accueillir entre 30 000 migrants africains.

Le seul moyen de mettre un terme au trafic d’êtres humains en Libye est de “réinitialiser” le processus de paix, pour mettre en place un gouvernement respecté par toutes les parties du conflit », explique l’organisation International Crisis Group.

Malgré toutes ces alertes sur l’esclavage en Libye, des migrants imprudents continuent la route de la traversée vers l’Europe en passant par la Libye pour monter dans des embarcations de fortune. Beaucoup se retrouvent coincer en Libye, d’autres meurent noyer en mer, car il y a trop de personnes sur ces bateaux.  

Pour les plus chanceux, ils vivent dans une quasi-pauvreté en Europe dans des centres d’hébergement. Beaucoup deviennent sans abris et dorment dans la rue. L’hiver est un véritable calvaire. Ils doivent faire face à des conditions de vie encore pire que dans leurs pays d’origine. Avec la peur constante, d’être attrapés par la police et renvoyer dans leurs pays respectifs.

 

Pour l’amour de Dieu, même si vous êtes pauvres, NE QUITTEZ PAS VOTRE PAYS POUR UN ELDORADO QUI N’EXISTE PAS. Restez patient, car Dieu bénit que vous soyez en Afrique ou en occident. Chaque chose arrive en son temps. Ne soyez pas imprudent, comme certaines personnes qui partent vers l’inconnu tout droit vers la mort ou l’esclavage. Alors par amour pour Dieu, parlez à vos frères et sœurs de rester chez eux et d’attendre le temps de Dieu. Ou de venir de manière légale dans un pays pour finir ses études et trouver un travail.

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3 commentaires

  1. On espère vraiment qu’il y a eu des changements là bas. Les migrants ne doivent plus aller en Libye. C’est trop dangereux. Maintenant, ils subissent aussi des trafic d’organes, quand ils passent par l’Égypte. Toutes cette méchanceté doit s’arrêter. On est tous des êtres humains. Un peu d’humanité et de miséricorde seront les bienvenus de son monde impitoyable.

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