RDC : la danse comme outil de reconstruction | “Re-création” Bolewa Sabourin

 

RDC : la danse comme outil de reconstruction | “Re-création” Bolewa Sabourin

Dans l’est de la République démocratique du Congo, dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, de nombreuses femmes sont victimes de violences sexuelles à cause du conflit armé qui dure depuis plus de 20 ans à cause des mines de coltan. En effet, les groupes armés utilisent le viol comme arme de guerre pour pousser les populations à quitter la région, pour mieux exploiter ce fameux minerai qui est utilisé dans la fabrication des téléphones portables.

Santé mentale fragile, anxiété, perte d’estime de soi, idées suicidaires, mutilations,  ces femmes vivent un véritable cauchemar. Elles doivent lutter tous les jours pour reprendre le cours de leurs vies et regagner confiance en elles. Comment réapprendre à aimer son corps et s’accepter après avoir été victimes de viol ?

Suite à sa rencontre avec le Dr Denis Mukwege, gynécologue et militant des doits de l’Homme, qui agit quotidiennement en RDC pour aider les victimes de viol. Bolewa Sabourin, un chorégraphe et danseur artiviste (mélange d’art et activiste) de 33 ans, franco-congolais décide à son tour de soutenir le Dr Mukwege en participant à son combat.

« J’ai rencontré le Dr Mukwege le 8 mars 2016, à l’occasion d’une conférence organisée par la mairie de Paris autour de la journée internationale des droits des femmes. Durant cette conférence, j’ai entendu le docteur dire qu’il avait reçu de nombreuses aides de la part de ressortissants européens, surtout des médecins et des psychiatres. Pour autant, le travail demeurait long et difficile. Il faut comprendre que ce n’est pas dans la culture du pays de s’épancher, surtout avec cette guerre qui n’en finit pas. Beaucoup de personnes ont vu des morts, ont perdu des êtres chers, c’est donc difficile pour ces femmes de se positionner comme victimes. Le Dr Mukwege était persuadé qu’on aurait plus de chance en passant par des arts comme la danse et le chant. Et là je me suis dit :” Mais je suis danseur ! C’est à moi de le faire !”

«  La réflexion a été immédiate. Il y avait plein de gens dans la salle, tout le monde était en train de débattre. Tout ce blabla n’avait plus de sens pour moi. Au moment de la dernière question du public, j’ai craqué. J’ai pris le micro de force, et je lui ai demandé ce qu’on pouvait faire pour l’aider activement. Moi, je n’ai pas vocation à aller vivre au Congo. Comment je peux aider d’ici ? Ça a d’abord été ce cri du cœur  pour une action immédiate. »

« Pour moi, signer une pétition, ça n’a pas d’engagement profond. C’est une façon de faire passéiste. Nous c’est l’action physique et déterminée, ou rien. »

Bolewa Sabourin

Au lieu de signer des pétitions, il décide d’agir immédiatement dans l’action pour venir en aide à ces femmes victimes de violences sexuelles. Il lance un projet concret « Ré-Création » organisé par l’association Loba, qui a pour objectif  d’aider les victimes de viol à travers la danse. Le but était de leur permettre de mettre des mots sur leurs souffrances, de les aider à se livrer en se libérant mentalement grâce à des ateliers de dance.

https://www.youtube.com/watch?v=f0D0ElTSdk0

« Un premier voyage a été organisé au printemps dernier, pour deux semaines, afin de mieux connaître la réalité du terrain et mettre en place un premier atelier .Finalement, quand on nous a présentés, je n’ai rien dit et je me suis tout de suite mis à danser et elles ont répondu ! »

« Mon objectif est d’aider ses femmes à se réapproprier leur corps après tout ce qu’elles ont subi : il ne s’agit pas seulement de viols, mais de mutilations volontaires, certaines ont été ouvertes avec des machettes comme du bétail, du vagin jusqu’aux seins. D’autres ont été violées avec des Kalachnikov. Leur corps a été à la fois violé et violenté, avant d’être rejeté, car ni leurs maris, ni leurs familles, ni leurs communautés ne voulaient plus d’elles. Ces femmes avaient en moyenne 16 ans au moment des faits, certaines se sont également retrouvées enceintes de leurs violeurs, alors que leur corps n’avaient même pas fini sa croissance ! »

Le docteur Denis Mukwege fait un travail exceptionnel en RDC. Il répare physiquement les jeunes femmes qui sont soufferts de violences sexuelles. Après avoir été soignées, elles vivent en internat dans la Fondation Panzi, crée par le médecin, où elles sont pris en charge par son équipe. On vous conseille de voir le film « Homme qui répare les femmes »-  La Colère d’Hippocrate  de Thierry Michel et Colette Braeckman sorti en 2015.

Avec ses ateliers de danse, Bolewa Sabourin permet à ces femmes âgées de 16 à 17 ans,  de se réapproprier leurs corps, petit à petit de l’aimer à nouveau, de s’évader pendant un court instant. C’est une méthode thérapeutique pour soigner mentalement ces pauvres victimes de l’horreur de ces guerres interminables.

« Face à tout cela, la danse peut les aider à se sentir à nouveau désirées et désirables : elles le bougent, elles en tirent du plaisir, elles se regardent danser. D’où le nom de “re-création “qu’on a donné au projet, car c’est un retour à la vie en quelque sorte. Cela devient un motif de dignité et de fierté, et non plus de honte » explique Boléra.

Pour sensibiliser les gens, il sort un livre autobiographique, qui s’intitule, « La rage de vivre » , co-écrit avec le journaliste Balla Fofana.

« Je n’avais jamais pensé raconter ma vie. Le livre est pour Re-création. C’est une manière de capter cette lumière pour parler de Re-création et de notre projet. Parler de femmes, de viols, de danse, de psychothérapie, ce n’est pas commun et pas forcement vendeur. Il nous faut à chaque fois trouve un stratagème pour financer cela. Il faut se renouveler en termes d’idées pour capter l’audience et ouvrir des portes. Le livre n’est pas là pour ma gloire, mais pour la gloire de notre projet. »

Crédits photos et contact :

  • L’association Loba
  • Photographe : Isabelle Chapuis
  • Facebook : https://www.facebook.com/recreationloba/

 

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