John William : le franco-ivoirien rescapé des camps nazis

John William : le franco-ivoirien rescapé des camps nazis

Ernest Armand Huss alias John William est un chanteur franco-ivoirien qui a été déporté à l’âge de 22 ans dans le camp de Neuengamme. Il porte le numéro de matricule 31103. Ouvrier pour la résistance, il a été accusé de sabotage dans l’usine Sagem à Montluçon. En effet, le 29 février 1944, René Petot, un électricien de la Sagem résistant, fait exploser quatre de ces détecteurs. Malgré les tortures, John William refuse de dénoncer son compagnon. Il sera arrêté et envoyé en Allemagne en mars 1944.

L’enfer du camp de concentration de Neuengamme

John William raconte qu’il y avait entre 10 ou 12 noirs dans le camp de Neuengamme.  Ils étaient parqués tous ensemble. Les hivers étaient terribles et glacials. Un vent froid soufflait sans arrêt. Beaucoup de personnes de couleurs sont morts, car ils avaient du mal à supporter ces températures trop changeantes par rapport à leur pays d’origine.

Quelques mots de John William sur son passage au camp :

“je suis resté 4 jours et 5 nuits dans un wagon avec une ouverture minuscule en haut” “Tout les jours dans le camp la charrette aux morts passait. On pesait entre 28 et 40 kilos. Les Allemands aimaient nous humilier. Ils nous laissaient debout des heures dans le froid. Une espèce de sadisme. Ceux qui emmenaient les corps morts aux fours crématoires étaient sacrifiés à leur tour. Les fours fumaient tous les jours. Les Allemands nous rappelaient que nous n’étions vraiment rien”.

“Quand on entrait, on était numéroté, comme des bêtes. Les Allemands avaient droit de vie et de mort sur nous. Je me demande comment les Allemands pouvaient chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année, s’acharner sur des gens qui ne leur avait rien fait…Tout ça par idéologie. Comment ont ils pu tenir avec ce qu’ils faisaient. Il fallait qu’ils aient l’esprit retourné par une propagande terrible. Les Africains et moi on ne sortait jamais du camp. Les Allemands avaient trop peur qu’on aille fricoter avec des allemandes car ils avaient l’idéologie de la supériorité de la race germanique. Ils étaient des êtres supérieurs”.

Pendant son séjour au camp, John William travaillait comme ajusteur outilleur de précision pour des travaux forcés jusqu’à sa libération. Les Allemands étaient ébahis par ses compétences et son savoir-faire. Ils n’avaient pas l’habitude de voir un noir qui savait lire et comprendre des plans très techniques. Grâce à son savoir-faire, il était un peu mieux traité. Sa foi religieuse l’a aidé à tenir et à résister dans le camp de Neuengamme.

Alors que ces autres compagnons travaillaient dans les carrières pour extraire des blocs de granite.

La foi et la musique comme échappatoire

La vie au camp était très dure. William chantait sans cesse pour réconforter ses camarades déportés. La musique est une révolution pour lui. Il découvre que sa voix est mélodieuse et belle et décide d’en faire sa vocation.

“Je n’avais jamais chanté de ma vie et ne connaissais guère de chanson. Tout d’un coup, m’est revenu en tête l’air russe des Bateliers de la Volga. Je l’ai entonné, et j’ai eu pour la première fois le sentiment d’un dédoublement : je sortais de moi-même ! Je n’étais pas seul à être stupéfait par la puissance de cette voix, la mienne. Il y eut un long silence dans la cellule puis mes 11 copains, oubliant l’endroit où nous nous trouvions, applaudirent à tout rompre. Ils me prédirent tous une carrière de chanteur.”

JOHN WILLIAM

Tourmenté par ses travaux forcés, il n’était plus capable de travailler à l’usine. Lors de sa libération, il décide de devenir chanteur. Il  prend des cours de chant et choisit le nom d’artiste John William.

Une carrière à succès

Sa carrière a commencé vers les années 1950. De nombreux titres comme « Si toi aussi tu m’abandonnes » pour le film Le train sifflera trois fois, Lawrence d’Arabie, Alamo, La chanson de Lara, Une île au soleil, Le Jour le plus long, et pleins d’autres chansons ont fait le succès de John William. Il est reconnu et salué dans le monde entier.

Dans son livre autobiographique, “Si toi aussi, tu m’abandonnes“, John William raconte l’enfermement et la torture.

“On nous enferma tous dans la même cellule. Nous allions y passer des nuits agitées. En effet, chaque matin, de très bonnes heures, la Gestapo venait chercher ses victimes pour des interrogatoires que l’on savait terribles où… pour le peloton d’exécution. Quand ils passaient devant notre porte, nos cœurs s’arrêtaient de battre. C’est seulement quand nous entendions s’éloigner le bruit de leurs pas que nous étions certains d’avoir une journée de sursis. Pendant trois semaines, nous avons vécu ces angoisses. Un matin, ce fut mon tour. Ils n’avaient pas oublié que j’étais l’un des derniers à avoir travaillé sur les appareils piégés. Je subis un interrogatoire musclé. Je ne veux pas décrire le raffinement sadique des méthodes nazies. Si j’ai tenu, c’est en raison de ma foi. Elle me fut d’un grand secours. Pour rien au monde, je n’aurais voulu trahir l’ultime poignée de main avec mon camarade d’atelier. Je sortis de cette épreuve physiquement anéanti. “

JOHN WILLIAM (Si toi aussi, tu m’abandonnes)

Dans le documentaire Noirs dans les camps nazis, Serge Bilé évoque l’histoire plein de courage du rescapé des camps nazis John William.  

Le 9 janvier 2011, il décède à Antibes  à l’âge de 88 ans. John William a été fait chevalier de la Légion d’honneur.

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