Dominique Mendy : victime noire oubliée des camps nazis

Dominique Mendy : victime noire oubliée des camps nazis

« Munël ! Munël !Tiens bon ! Tôt ou tard ça finira. Dieu est grand ! Dieu est grand ! »

Citation de Sidi Camara pour redonner courage à Dominique Mendy

Beaucoup de personnes noires ont été emprisonnés pendants la période de l’Allemagne nazie. Certains pour des faits de résistance ou d’autres sans  raison apparente. Oubliées de l’histoire, on ne raconte pas assez la souffrance que ces gens de couleur  ont vécue dans les camps de concentration. Heureusement, le livre de Serge Bilé « Noirs dans les camps Nazis » est là pour nous rappeler une partie de l’histoire que beaucoup ont omis de parler.

DOMINIQUE MENDY (1909-2003) – camp de Neuengamme

Le 24 mai 1944, la vie de Dominique Mendy bascule. Il a été déporté au camp de Neuengamme pour fait de résistance. Membre de la résistance à Bordeaux, il luttait face au Nazisme. Touché par l’appel du 18 juin 1940, du général de Gaulle, son rôle au sein de la résistance consistait à récupérer les Anglais parachutés dans le maquis et de les mettre en lieu sûr. Trahi par les siens, il est arrêté et confié à la Gestapo, qui le torture pour qu’il livre les noms de ses autres membres de son réseau.  Dominique refusa de s’exécuter et les Allemands lui fracassèrent les jambes avant de le conduire au camp de la mort où il subira d’énormes souffrances. Là-bas, il était le matricule 32 090.

Dominique Mendy

Une vie très difficile

Dans le camp de Neuyengamme, les prisonniers devaient faire face à des humiliations et des bastonnades quotidiennes. Le manque de nourriture et le froid étaient compliqués à supporter.

Dominique Mendy raconte :

« Aujourd’hui quand je revois tout ça, je ne peux m’empêcher de repenser à l’île de Gorée, d’où sont partis nos ancêtres comme esclaves pour la France, pour l’Europe et pour l’Amérique. Ils ont connu la bastonnade, les coups de pieds, ils ont trouvé la mort. Eh bien, nous aussi dans ce camp, on a vécu la même chose. On est passé finalement par les mêmes épreuves que nos ancêtres. »

Un jour sans raison, les soldats se mirent à le frapper. Ils lui donnèrent plus de 50 coups de pied. Ils le surnommaient “Bimbo” qui signifiait « Noirs ». C’était un terme très péjoratif pour eux qui désignaient les gens de couleurs.

Au début, lorsqu’il venait d’arriver dans le camp. Les gardiens SS décident de lui donner un rôle de planton. Il devient ainsi un homme à tout faire. Ils le méprisaient et vu qu’il était noir, ils pensaient forcément qu’il était stupide.

Pour sauver sa vie, Dominique a eu l’idée de jouer de leurs préjugés racistes en accentuant son rôle d’homme à tout faire complètement idiot pour en tirer le meilleur parti.

« Au camp, j’avais effectivement un rôle de planton, et je profitais de ma situation pour aider mes camarades. Je jouais en fait à l’ignorant avec les Allemands. Je faisais même l’imbécile » déclare-t-il.

 Il se jouait du Kapo, un surveillant nazi en lui faisant croire que les Français l’avaient raflé à Dakar, puis embarqué en France. Il leur racontait des histoires bidons comme quoi, il n’avait pas de profession et qu’il ne savait que piocher la terre et balayer. Il disait aussi aux Allemands qu’il avait peur des blancs et que son seul but était de retourner dans son pays au Sénégal.

La chance est de son côté. Car le Kapo est né au Cameroun. Il prend pitié de lui et lui donne un travail de domestique pour lui éviter de travailler à l’extérieur où les températures sont très froides. Quelquefois, la femme du Kapo lui apportait des fruits. Elle lui donnait une pomme ou une poire. Dès qu’ils avaient le dos tourné. Il les partageait avec les autres prisonniers.

Les geôliers SS étaient persuadés qu’il était un attardé mental et l’humiliaient constamment. Dominique resta fort et prit avec humour les humiliations.

Par exemple, Dominique Mendy disait :

” Les SS me taquinaient en me demandant : Pourquoi est-ce que tu es Noir ? Eh bien moi je leur répondais : C’est parce que je n’ai plus de savon pour me laver. Alors eux, bêtement, me donnaient du savon que je m’empressais de partager avec les autres déportés de mon block. »

Il arrivait à obtenir ainsi de minimes faveurs comme le savon en disant qu’il avait besoin de savon pour nettoyer sa peau noire. Il récupérait aussi des petits morceaux de pain qu’il partageait avec les autres détenus.

Dominique ajoute :

«  Il m’arrivait aussi d’aller voir les SS et leur dire carrément que j’avais faim. Et à chaque fois, ils me donnaient du pain sec que je partageais avec les autres. J’ai aidé comme ça beaucoup de Français. Je les ai sauvés de la mort en leur procurant de quoi manger. »

La ruse en se faisant passer pour bête était une forme de résilience pour sauver sa vie et celle de ses compagnons. Et ça marchait complètement.

Les officiers allemands pensaient qu’il était un malade mental. Et le laissaient voir comment ils assassinaient les bébés, les enfants et les mères qui arrivaient dans le camp. Seuls les hommes étaient épargnés, mais certains malchanceux étaient envoyés dans des blocs spéciaux pour servir de cobaye. Il a été ainsi le témoin de la barbarie du nazisme.

Dans le camp de Neuengamme,  Dominique Mendy se lie d’amitié avec Sidi Camara, un de ses compatriotes, originaire de Saint-Louis. Il aimait discuter avec lui en wolof, car ils étaient tout les deux originaires du Sénégal. Cette amitié a été une force pour eux, car elle leur a permis de surmonter de nombreux moments de désespoirs. Mais cela leur permettait de s’évader un peu en pensant à leur terre natale.

« Sidi Camara et moi, on se voyait de temps en temps. Et quand on se voyait, on parlait bien sûr du Sénégal. On se parlait en wolof. Ça nous faisait plaisir. Ça nous faisait du bien…Je me souviens que Sidi Camara me répétait tout le temps : Munël ! Munël ! Tiens bon ! Tôt ou tard ça finira. Dieu est grand ! Dieu est grand ! »

 

Libération pour Mendy

Le 7 avril 1945, Mendy est sauvé par la Croix-Rouge danoise qui l’emmène à Copenhague. Il est resté plus d’1 an et demi dans le camp nazi de Neuyengamme.

Pour sa générosité, ses actions de courage et son dévouement, il a reçu la Légion d’honneur. Le 24 juin 2003, il meurt à Dakar au Sénégal, le pays natal dont il a tellement rêvé quand il était emprisonné.

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